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Pourquoi les Pays-Bas s'obstinent-ils ?

Alors que le Royaume-Uni, la Suède et la Finlande font marche arrière, les Pays-Bas continuent de défendre ce modèle. Les raisons tiennent au prestige, aux institutions et aux intérêts en jeu.

La tendance internationale est claire. Au Royaume-Uni, le rapport Cass a conduit à une révision radicale et à la fermeture de la clinique centrale spécialisée dans les questions de genre. La Suède et la Finlande ont fortement réduit les traitements médicaux dispensés aux mineurs après que leurs propres évaluations ont jugé la valeur probante de ces traitements très faible. Dans ce contexte, il est frappant de constater à quel point les Pays-Bas s’accrochent à ce modèle.

Le prestige de l’inventeur

Les Pays-Bas ne sont pas simplement un utilisateur du « Dutch Protocol » ; ils en sont l’inventeur. Ce modèle porte le nom du pays et fait office, à l’échelle internationale, de carte de visite scientifique des Pays-Bas. Cela rend tout changement de cap coûteux, tant sur le plan psychologique qu’institutionnel : reconnaître que les preuves sont faibles revient à admettre que leur fleuron ne résiste pas à l’épreuve de la critique. Le prestige associé à cette invention constitue ainsi un frein à toute révision.

Ancrage institutionnel

Le protocole est profondément ancré dans l’infrastructure des soins de santé néerlandaise. Les centres spécialisés, les associations professionnelles, les directives et les listes d’attente sont tous articulés autour du modèle existant. Une révision fondamentale remet en cause la légitimité de ces institutions ainsi que l’identité professionnelle de toute une génération de praticiens. Les institutions qui tirent leur raison d’être d’un modèle ont tout intérêt à défendre ce modèle.

La responsabilité : un facteur tacite

La responsabilité juridique constitue un frein à la révision rarement évoqué ouvertement. Reconnaître publiquement que la force probante est faible et que les critères ont été abandonnés ouvre la voie à des plaintes de la part des personnes lésées. S’en tenir au modèle est également un moyen de garder cette porte fermée.

L’exception néerlandaise

Il en résulte une situation d’exception remarquable. Le pays qui a conçu ce modèle est à la traîne par rapport à la révision internationale qui repose sur ce même modèle. Alors que les gouvernements étrangers ont fait réaliser des revues systématiques de la littérature et ont adapté leur politique en conséquence, la pratique néerlandaise reste en grande partie inchangée et les critiques sont souvent écartées comme étant importées d’un débat étranger polarisé.

Les faits indiquent une autre direction. Les objections à l’encontre du « Dutch Protocol » ne découlent pas d’une guerre culturelle, mais de questions méthodologiques : l’absence de groupe témoin, des exclusions sélectives, des critères d’évaluation fragiles et une application à une population qui n’a jamais fait l’objet d’une étude. Tant que les Pays-Bas ne réfuteront pas ces objections sur le fond, mais se contenteront de les parer sur le plan institutionnel, la question restera posée : pourquoi l’inventeur est-il le dernier à rester debout ?


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