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Le tournant international

Avant la publication du rapport Cass, la Finlande, la Suède, la Norvège et le Danemark avaient déjà revu leurs politiques. Dans chaque cas, leurs propres études systématiques les avaient conduits à faire preuve de prudence quant à l'utilisation des inhibiteurs de la puberté et des hormones chez les mineurs.

Le rapport Cass est souvent considéré comme le point d'inflexion, mais le revirement s'était déjà amorcé auparavant dans les pays d'Europe du Nord. La Finlande, la Suède, la Norvège et le Danemark sont parvenus, indépendamment les uns des autres, à la même conclusion : les preuves étayant le traitement médical des mineurs étaient trop faibles pour que celui-ci continue d’être proposé en tant que prise en charge standard. Dans chaque cas, cette conclusion faisait suite à des recherches systématiques menées par ces pays eux-mêmes.

La Finlande (2020)

La Finlande a été le premier pays à mettre officiellement un frein à cette pratique. L’autorité sanitaire finlandaise COHERE a publié en 2020 une directive faisant du soutien psychologique et psychosocial la première ligne de prise en charge. L’intervention médicale chez les mineurs a été fortement restreinte et, en principe, limitée à un cadre de recherche. La psychiatre finlandaise Riittakerttu Kaltiala, impliquée dans la clinique finlandaise, a été parmi les premières à avertir publiquement que les résultats favorables initiaux ne pouvaient pas être reproduits dans la pratique.

Suède (2022)

La Suède a emboîté le pas en 2022. L’organisme public chargé des soins fondés sur des données probantes, le SBU, a conclu que les fondements scientifiques étaient insuffisants. L’autorité sanitaire suédoise, le Socialstyrelsen, a alors adapté ses recommandations : l’utilisation des inhibiteurs de la puberté et des traitements hormonaux chez les mineurs devait être limitée aux cas exceptionnels et, de préférence, dans le cadre de la recherche. L’hôpital de référence Karolinska avait alors déjà cessé de traiter de nouveaux patients mineurs avec ces médicaments en dehors du cadre d’une étude.

Norvège (2023)

En 2023, la commission norvégienne d’évaluation des services de santé, l’Ukom, a estimé que les données scientifiques relatives aux inhibiteurs de la puberté et aux traitements hormonaux chez les jeunes étaient insuffisantes et que ces traitements devaient être considérés comme expérimentaux. L’Ukom a insisté sur la nécessité d’une plus grande prudence et de conditions plus strictes.

Danemark (à partir de 2023)

Le Danemark a adopté une orientation similaire à partir de 2023. L’autorité sanitaire danoise, Sundhedsstyrelsen, a revu son approche de manière à limiter le traitement médical des mineurs à un petit groupe, en mettant l’accent sur la prise en charge psychologique et une évaluation minutieuse, et en centralisant les soins.

Une tendance, pas une coïncidence

Quatre pays sont parvenus indépendamment les uns des autres à la même conclusion, à chaque fois après avoir fait évaluer systématiquement les données scientifiques. Le fait que le rapport Cass soit parvenu à la même conclusion quelques années plus tard au Royaume-Uni a confirmé cette tendance : cette révision n’était pas le fruit d’une décision politique, mais d’une évaluation répétée et indépendante des données scientifiques.

Le dénominateur commun

Dans ces quatre pays, l’accent a été déplacé de l’intervention médicale vers le soutien psychologique et psychosocial, et le traitement médical a été réduit à des cas exceptionnels ou à un cadre de recherche. Le fil conducteur est le suivant : le recours à des interventions irréversibles n’est justifié que lorsque des preuves solides démontrent que les bénéfices l’emportent sur les risques, et ces preuves faisaient défaut.

Sources relatives à cette partie


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