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Les auteurs prennent leurs distances

Même à Amsterdam, où ce protocole a vu le jour, des réserves s'expriment désormais : ce protocole n'a jamais été destiné au groupe auquel il a été appliqué à l'échelle mondiale.

L'une des évolutions les plus révélatrices est que les réserves ne proviennent plus uniquement de personnes extérieures. Du centre d'Amsterdam et des auteurs eux-mêmes, on entend de plus en plus clairement que le Protocole néerlandais n'a jamais été destiné au groupe auquel il s'applique désormais à l'échelle mondiale.

Il n’a jamais été destiné à tout le monde

Le message émanant du camp d’origine est cohérent : le protocole a été conçu pour un groupe restreint et soigneusement sélectionné, présentant une dysphorie précoce et stable, et sans comorbidité grave. Son application affirmative à grande échelle aux jeunes chez qui la dysphorie est apparue à l’adolescence et qui présentent des troubles psychiques complexes constitue une déviation par rapport au modèle initial, et non son prolongement logique. Le centre d’Amsterdam a souligné à plusieurs reprises que le diagnostic rigoureux et la prudence en constituaient le cœur.

Reconnaissance de l’incertitude

Dans le même temps, une marge de manœuvre s’est ouverte pour reconnaître l’incertitude quant aux résultats. Alors que le protocole a été défendu avec fermeté pendant des décennies, on exprime désormais davantage de réserves quant à ce que l’on sait réellement des effets à long terme, des personnes qui tirent profit du traitement et des risques liés à la perte de fertilité, à la santé osseuse et aux interventions irréversibles. Ce ton contraste fortement avec la certitude avec laquelle le protocole était promu à l’échelle internationale.

Le risque d’un recul sans reconnaissance

Le fait de prendre ses distances par rapport à cette application généralisée constitue en soi un changement important. Mais cela n’enlève rien au fait qu’une génération entière de jeunes a été traitée selon un modèle dont les auteurs originaux affirment aujourd’hui qu’il ne s’appliquait pas à eux. La question de la responsabilité quant à cette pratique thérapeutique reste donc en suspens.

La tension entre l’origine et la pratique

Il en résulte une tension délicate. Les auteurs originaux peuvent à juste titre faire valoir que leur modèle était plus strict et plus restreint que ne l’avait rendu la pratique internationale. Mais ce sont bien leurs publications qui ont servi de légitimation scientifique à cette pratique, et les objections formulées à l’encontre de la recherche initiale — absence de groupe témoin, taux d’abandon, indicateurs de résultats peu fiables — concernent également l’application initiale, plus restreinte.

Prendre ses distances ne résout donc pas le problème de la preuve. Cela déplace la question : si même les auteurs prônent la prudence et que le consensus international bascule, pourquoi les Pays-Bas s’en tiennent-ils à ce modèle ? C’est l’objet de la dernière partie de ce dossier.


Sources relatives à cette partie

→ Suivant : Pourquoi les Pays-Bas s’obstinent.