Partie 4 sur 6
Les réanalyses
Des réanalyses méthodologiques révèlent que les deux études censées étayer le protocole néerlandais présentaient des taux d'abandon, l'absence de groupe témoin et des résultats surestimés.
La réputation mondiale du « Dutch Protocol » reposait sur deux études de résultats : l'étude de suivi prospective de 2011 et l'étude de résultats menée auprès de jeunes adultes en 2014. Des réanalyses méthodologiques menées notamment par Michael Biggs et le trio Levine, Abbruzzese et Mason ont montré que les données probantes issues de ces études sont bien moins solides que ne le laissait supposer leur application à l'échelle mondiale.
L'absence de groupe témoin
La critique la plus fondamentale porte sur l’absence de groupe témoin. Les études néerlandaises ont suivi des jeunes traités au fil du temps, mais ne les ont pas comparés à un groupe similaire n’ayant pas reçu de traitement médical. Sans groupe témoin, il est impossible de déterminer si les améliorations observées résultaient du traitement, du vieillissement, d’un accompagnement psychologique intensif ou du simple fait qu’un groupe sélectionné, bénéficiant du soutien de ses parents, se porte de toute façon mieux. L’affirmation selon laquelle l’intervention médicale serait à l’origine de l’amélioration ne peut être étayée sur la base de cette méthodologie.
Abandons et sélection
Un deuxième problème concerne les abandons et la sélection. Dans l’étude des résultats, une partie des participants initialement sélectionnés a abandonné avant la mesure finale, parmi lesquels au moins un adolescent décédé des suites de complications survenues pendant le traitement. Les personnes ayant abandonné ne sont pas prises en compte dans les résultats finaux, ce qui fait que les résultats rapportés semblent plus favorables que la réalité observée pour l’ensemble du groupe. De plus, le groupe avait déjà fait l’objet d’une sélection rigoureuse au préalable sur la base de caractéristiques favorables, ce qui limite encore davantage la généralisation des résultats.
Des indicateurs de résultats surestimés
Une troisième objection concerne les indicateurs de résultats eux-mêmes. Biggs souligne que, pour certains outils de mesure, les scores se sont en partie améliorés parce que la manière de remplir le questionnaire après la transition différait de celle d’avant — et non parce que le bien-être sous-jacent s’était accru. L’amélioration présentée en matière de dysphorie de genre et de fonctionnement psychologique reposait donc en partie sur un artefact lié à la méthode de mesure.
Le mythe de la recherche fiable
Abbruzzese, Levine et Mason résument leur critique en affirmant que les études néerlandaises ont été présentées à tort comme des preuves fiables. L’absence de groupe témoin, les abandons sélectifs et la fragilité des critères d’évaluation font que l’étude initiale ne peut pas servir de fondement à une pratique thérapeutique à l’échelle mondiale.
Conséquences pour la chaîne de preuves
La somme de ces objections touche au cœur du problème. Si les preuves concernant le groupe initial, rigoureusement sélectionné, sont déjà faibles sur le plan méthodologique, l’extrapolation à une population internationale bien plus large — début à l’adolescence, forte comorbidité, rapport hommes-femmes inversé — est indéfendable. Les revues systématiques de la littérature commandées par des autorités ultérieures ont conclu que la force probante des données concernant les inhibiteurs de la puberté et les traitements hormonaux chez les mineurs est faible, voire très faible. Les réanalyses en expliquent les raisons.
Il est frappant de constater que le doute grandit également au sein même du camp initial — ce qui fera l’objet de la partie suivante.
Sources relatives à cette partie
- Biggs, M. — The Dutch Protocol for Juvenile Transsexuals: Origins and Evidence (Journal of Sex & Marital Therapy, 2023)
- Abbruzzese, E., Levine, S.B. & Mason, J.W. — The Myth of « Reliable Research » in Pediatric Gender Medicine (Journal of Sex & Marital Therapy, 2023)
- de Vries, A.L.C. et al. — Young Adult Psychological Outcome After Puberty Suppression and Gender Reassignment (Pediatrics, 2014)
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