Sinéad Watson · 28 ans

Cinq mois après l'opération, la haine de mon corps était de retour

Sinéad Watson a transitionné au milieu de la vingtaine après un traumatisme et des abus sexuels subis à l'adolescence. À 26 ans, elle a perdu ses seins. Cinq ans plus tard, elle a commencé à détransitionner — sobre, et avec une nouvelle compréhension de ce qui n'avait vraiment pas fonctionné pour elle.

Sinéad Watson

Vous doutez, vous avez des regrets, des séquelles ou vous êtes en détransition ?

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Cette histoire s’appuie sur le témoignage public de Sinéad Watson, une Écossaise qui parle ouvertement de sa transition et de sa détransition. Elle a raconté son parcours dans des interviews, des podcasts et sur les réseaux sociaux.


J’ai grandi comme un « garçon manqué ». Je n’aimais pas les robes, je me sentais mal dans mon corps et je ne correspondais pas vraiment aux attentes sociales concernant ce qu’une fille était censée être. À l’adolescence, lorsque j’ai découvert Tumblr et YouTube, j’ai trouvé pour la première fois des mots pour décrire ce que je ressentais. Du moins, c’est ce que je croyais.

Ce que je ne comprenais pas à l’époque, c’est que j’étais une fille qui avait subi des abus sexuels. Une fille qui détestait son corps parce qu’il l’avait rendue vulnérable. Une fille qui voulait échapper au fait d’être une femme — non pas parce qu’elle était un homme, mais parce qu’être une femme était douloureux.

La transition

J’ai commencé la testostérone en 2015, au milieu de la vingtaine. En 2017, à l’âge de 26 ans, j’ai subi une mastectomie bilatérale. Je ressentais de l’euphorie. Enfin, pensais-je.

L’euphorie a duré cinq mois.

Après cela, la dépression est revenue. La haine de moi-même est revenue. Seulement, je n’avais désormais plus de seins et je ne sentais plus rien au niveau de la poitrine. Je n’avais pas réalisé que je perdrais toute sensibilité à cet endroit. Personne ne me l’avait dit.

« Je ne comprenais pas pourquoi je me sentais toujours comme ça. J’avais pourtant fait ce qu’il fallait, non ? J’avais pourtant franchi le pas, non ? »

Ce qui se passait réellement

Avec le recul, je comprends maintenant ce qui m’arrivait. Ma dysphorie de genre était réelle — la souffrance était réelle. Mais la cause n’était pas que j’étais un homme. La cause était le traumatisme, les abus sexuels et une haine profondément ancrée de mon corps féminin, née de ce que d’autres m’avaient fait subir.

Jamais aucun professionnel de santé mentale ne m’a interrogée en profondeur sur ces expériences. L’accent était mis sur mon identité de genre, pas sur ce qui se cachait derrière.

La détransition

En octobre 2019, j’ai commencé ma détransition. C’est la chose la plus difficile que j’aie jamais faite. Le regret de ma transition m’avait conduite à l’alcoolisme — je buvais pour anesthésier la douleur. Je suis devenue sobre un mois avant le cinquième anniversaire du début de ma détransition.

Avec l’esprit clair, je regarde aujourd’hui en arrière et je me dis : je n’arrive pas à croire qu’on m’ait permis de faire cela. Que quelqu’un ait laissé une personne ayant vécu tous ces traumatismes, toute cette souffrance et toute cette haine de soi entreprendre une transition sans s’attaquer d’abord aux problèmes sous-jacents.

« Je ne veux pas qu’il y ait davantage de personnes qui détransitionnent. J’en veux moins. Mais pour cela, nous devons réellement prendre en charge les personnes souffrant de dysphorie de genre. Le modèle affirmatif que nous avons adopté est néfaste — et cela doit changer. »

Ce qu’elle a perdu

Sinéad Watson a définitivement perdu toute sensibilité au niveau de la poitrine. Elle ne pourra plus jamais allaiter. Sa voix a changé sous l’effet de la testostérone. Elle porte les cicatrices d’une opération qui n’aurait pas dû être réalisée avant la prise en charge de son traumatisme.

Elle s’exprime désormais ouvertement, non par amertume, mais parce qu’elle veut éviter que d’autres vivent la même chose.


Sources :