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10 mai 2026

Byrne et Gorin : « Les enfants trans et la fabrication des gens » — une analyse philosophique (2026)

Les philosophes Alex Byrne et Moti Gorin utilisent, dans un article académique (mai 2026), le concept de « making up people » d'Ian Hacking pour analyser la catégorie contemporaine d'« enfant trans ». Trois positions sont distinguées : les enfants trans n'existent pas, ils existent naturellement, ou ils sont « fabriqués » par des processus sociaux. Les auteurs penchent pour la troisième thèse : les enfants trans ont des identités « réelles » — mais la catégorie naît d'une classification institutionnelle (médicale, parentale, médiatique).

Byrne et Gorin : « Les enfants trans et la fabrication des gens » — une analyse philosophique (2026)

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En mai 2026 paraissait l'article académique « Trans Kids and Making Up People », signé par les philosophes Alex Byrne (Massachusetts Institute of Technology) et Moti Gorin (Colorado State University). L'Observatoire de la Petite Sirène l'a mis en avant le comme un éclairage fondamental sur la façon dont naissent les catégories d'identité.

L'outil philosophique : « making up people »

L'article s'appuie sur les travaux du philosophe des sciences canadien Ian Hacking. Hacking a introduit le concept de « making up people » — fabriquer ou construire des personnes. Son idée : certaines catégories d'identité ne sont pas simplement « trouvées » dans le monde comme le sont les atomes ou les animaux. Elles naissent d'un processus de description scientifique, de reconnaissance institutionnelle, d'acceptation sociale et d'auto-identification — après quoi les individus se mettent à se comporter selon la catégorie qui vient d'être créée.

Trois positions sur les enfants trans

Byrne et Gorin distinguent trois positions contemporaines :

  1. Les enfants trans n'existent pas. Une position parfois associée à des noms comme J.K. Rowling : les enfants sont des garçons ou des filles, « enfant trans » est une catégorie erronée.
  2. Les enfants trans existent naturellement. La position de consensus médical actuelle : tout comme certains enfants ont les yeux marron, certains ont une identité trans — une catégorie découverte.
  3. Les enfants trans sont « fabriqués ». La position intermédiaire inspirée de Hacking : les enfants trans ont des expériences réelles, mais la catégorie elle-même est un produit de processus de classification sociale — elle n'existait pas avant ces processus.

L'argumentation

Byrne et Gorin penchent vers la troisième position. Leur argument : il est empiriquement traçable que la catégorie « enfant trans » telle que nous l'utilisons aujourd'hui — un enfant qui s'identifie lui-même comme étant de l'autre sexe et demande une transition sociale et médicale — n'existait pas avant que l'infrastructure médicale, médiatique et juridique correspondante ne soit mise en place. Avant 2010, il n'existait guère de population d'« enfants trans » en ce sens. Aujourd'hui, ils se comptent par milliers par pays et par an.

Cela ne change rien au fait que des enfants individuels vivent une dysphorie réelle. Mais cela change bien la façon dont nous devons comprendre la catégorie : non pas comme découverte, mais comme produite par la combinaison des critères de diagnostic clinique, de la représentation médiatique, de la reconnaissance parentale, de la validation par les groupes de pairs et de la reconnaissance juridique.

Pourquoi cela compte

Si les enfants trans forment une catégorie produite — et non découverte —, alors les obligations éthiques entourant le traitement médical changent. Face à une affection découverte, on traite ce qui est présent. Face à une catégorie produite, on se demande si la production elle-même est anodine. Un enfant qui, en 2005, aurait traversé une adolescence tourmentée sans se voir proposer la catégorie « enfant trans » aurait-il eu besoin du même traitement ? Les données empiriques — la hausse de six à cent fois des orientations depuis 2010 — suggèrent que non.

En lien avec d'autres travaux

La position de Byrne et Gorin offre un cadre philosophique pour ce que décrivent la recherche de Lisa Littman sur le ROGD, la recherche sur la contagion sociale, et l'analyse propre d'Helena Kerschner : une identité qui naît dans une configuration historique et sociale spécifique, et non indépendamment de celle-ci. Cela apporte la rigueur philosophique qui a souvent fait défaut au débat jusqu'ici.


Sources :

  • Byrne, A. & Gorin, M. « Trans Kids and Making Up People. » 2026.
  • Observatoire de la Petite Sirène — mis en avant le 10 mai 2026. observatoirepetitesirene.org
  • Hacking, I. « Making Up People » — source philosophique originale.