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16 février 2024

Étude finlandaise : ce n'est pas la dysphorie de genre mais la psychiatrie qui prédit le risque suicidaire

L'étude finlandaise (BMJ Mental Health 2024) a suivi 2 083 jeunes et a établi qu'après correction pour le traitement psychiatrique, le risque suicidaire ne diffère pas de celui de la population générale. La dysphorie de genre elle-même n'est pas un prédicteur autonome du suicide.

Étude finlandaise : ce n'est pas la dysphorie de genre mais la psychiatrie qui prédit le risque suicidaire

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L'un des arguments les plus puissants en faveur d'un traitement médical rapide de la dysphorie de genre est le risque suicidaire : « Si nous n'intervenons pas, mon enfant se suicidera. » C'est une peur compréhensible chez les parents et un argument fréquemment entendu de la part des cliniques. Mais une étude de registre finlandaise de 2024 sème un doute sérieux sur cet argument.

L'étude

L'étude, publiée dans BMJ Mental Health (février 2024), a analysé des données issues du registre national de santé finlandais. Les chercheurs — rattachés aux universités de Tampere et d'Helsinki — ont suivi 2 083 adolescents et jeunes adultes (âge médian 19 ans) orientés entre 1996 et 2019 vers des services spécialisés d'identité de genre en Finlande. Ils ont été comparés à 16 643 pairs appariés issus de la population générale. Le suivi médian était de 5,7 ans.

Résultats principaux

Dans le groupe dysphorie de genre, 7 suicides ont été documentés : 0,3 % de l'échantillon, soit 0,51 pour 1 000 années-personnes. À titre de comparaison : dans le groupe témoin, ce chiffre était de 0,12 pour 1 000 années-personnes — soit un risque accru.

Mais voici la découverte cruciale : dès que les chercheurs ont corrigé pour les antécédents de traitement psychiatrique, la différence statistiquement significative a totalement disparu. Les jeunes présentant une dysphorie de genre avec peu ou pas de traitement psychiatrique n'avaient pas de risque suicidaire significativement plus élevé que leurs pairs sans dysphorie de genre.

Le principal prédicteur du suicide n'était pas la dysphorie de genre — mais la gravité de la comorbidité psychiatrique. Les jeunes ayant eu plus de 101 contacts psychiatriques présentaient le risque le plus élevé.

La transition médicale ne réduit pas le risque suicidaire

L'étude n'a trouvé aucun lien statistiquement significatif entre le fait de subir une transition de genre médicale et un risque suicidaire plus faible. Dans ces données, la transition n'a eu aucun effet protecteur sur le suicide.

Cela sape l'argument fréquemment entendu selon lequel le traitement médical serait nécessaire pour prévenir le suicide. Les chercheurs concluent que la priorité clinique doit être l'identification et le traitement des troubles psychiatriques chez les jeunes présentant une dysphorie de genre — et non le démarrage le plus rapide possible d'un parcours de transition médicale.

Comment cet argument fonctionne en pratique

« L'argument du suicide » a une grande influence dans la pratique clinique. Les parents qui hésitent face au traitement médical pour leur enfant entendent parfois : « Voulez-vous que votre enfant ne soit plus là ? » Cela place les parents sous une pression émotionnelle énorme pour accepter rapidement des hormones ou des opérations.

Les données finlandaises suggèrent que cet argument doit à tout le moins être nuancé. Le risque suicidaire accru chez les jeunes présentant une dysphorie de genre est réel — mais il est lié à la problématique psychiatrique souvent présente en parallèle, et non à la dysphorie de genre elle-même. Le traitement de cette problématique psychiatrique est la voie appropriée, plutôt que de l'éviter par une transition médicale rapide.

Lien avec l'étude sur la morbidité psychiatrique

Cette étude est une étude jumelle de l'étude finlandaise sur la morbidité psychiatrique après transition de genre (Acta Paediatrica 2026), menée par la même équipe sur le même ensemble de données. Là où cette dernière examinait l'augmentation du besoin de traitement psychiatrique, cette étude-ci se concentre spécifiquement sur la mortalité par suicide. Ensemble, elles offrent une image nette : les problèmes psychiatriques constituent le cœur du profil de risque chez les jeunes présentant une dysphorie de genre, et la transition médicale ne résout pas ces problèmes.


Sources :

  • Ruuska S-M, Tuisku K, Holttinen T, Kaltiala R. (2024). All-cause and suicide mortalities among adolescents and young adults who contacted specialised gender identity services in Finland in 1996–2019: a register study. BMJ Mental Health. PMC
  • Résumé du SEGM : Suicide Mortality Among Gender-Dysphoric Adolescents and Young Adults in Finland. segm.org