1 septembre 2023
L'affaire Zucker : comment la pression militante a fait renvoyer un scientifique de premier plan — et changé la pratique clinique
Le Dr Kenneth Zucker, sommité mondiale de la recherche sur la dysphorie de genre, a été licencié en 2015 à la suite d'une campagne militante. Le CAMH a fermé sa clinique et l'a accusé de « thérapie de conversion » — une accusation réfutée en 2018 après une enquête indépendante. Le CAMH lui a versé une indemnité. Cette affaire a montré comment le militantisme peut étouffer la pratique clinique et la recherche.

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Contactez-nous en toute confidentialitéLe Dr Kenneth Zucker a dirigé de 1981 à 2015 la clinique de genre du Centre for Addiction and Mental Health (CAMH) à Toronto — la clinique de genre pour enfants la plus respectée du Canada, et l'une des plus influentes au monde. Il a coécrit les critères du DSM-5 pour la dysphorie de genre et figure parmi les chercheurs les plus cités dans ce domaine.
En décembre 2015, il a été licencié.
Les accusations
L'élément déclencheur fut une campagne coordonnée de militants et d'organisations transgenres accusant Zucker de pratiquer une « thérapie de conversion » — une tentative de « guérir » une identité transgenre, considérée comme nuisible et contraire à l'éthique.
Le CAMH a commandé une enquête interne. Sur cette base, l'hôpital a fermé la clinique pédiatrique pour la dysphorie de genre et licencié Zucker. Les accusations furent présentées comme avérées dans les communiqués de presse.
L'approche de Zucker
Qu'avait donc réellement fait Zucker ? Son approche clinique reposait sur la littérature relative à la désistance — les recherches montrant qu'une proportion significative des enfants souffrant de dysphorie de genre ne sont plus transgenres à l'âge adulte. Voir : recherche sur la désistance.
Son modèle était celui de l'attente vigilante (« watchful waiting ») : évaluation psychologique approfondie, attention portée aux comorbidités, et prudence quant aux interventions médicales chez les enfants. C'était le modèle également appliqué aux Pays-Bas (Dutch Protocol) et, initialement, au Royaume-Uni (Tavistock).
Les militants considéraient cela comme une thérapie de conversion. Zucker le niait. Son approche ne cherchait pas à modifier l'identité de genre d'un enfant — mais exigeait davantage de certitude avant que des mesures irréversibles ne soient prises. La différence est cliniquement et éthiquement pertinente, mais sur le plan politique, cette frontière a été effacée.
L'enquête indépendante
En 2018, Zucker a intenté un procès contre le CAMH. Une enquête indépendante — menée par un organisme externe — a établi que les accusations de thérapie de conversion étaient infondées. Le CAMH l'a reconnu et a versé à Zucker une indemnité financière. Les détails précis restent confidentiels.
Le rapport interne sur la base duquel le CAMH avait licencié Zucker avait été commandé par le CAMH lui-même — il n'était donc pas indépendant. L'examen externe est venu corriger cela.
Les conséquences plus larges
L'affaire Zucker a eu deux conséquences directes :
1. L'intimidation des cliniciens. Des cliniciens d'autres pays appliquant une approche d'attente vigilante ont été confrontés à des campagnes militantes les qualifiant de thérapeutes de conversion. Certains ont modifié leur approche par crainte de conséquences professionnelles. La culture du « mieux vaut affirmer rapidement que risquer des accusations » a commencé à s'enraciner.
2. L'influence sur les recommandations. Les recommandations de la WPATH et d'autres directives internationales ont été révisées dans les années suivant l'affaire Zucker, dans un sens accordant davantage de place au modèle affirmatif. Le rôle de la pression militante dans ce processus a été documenté par des observateurs critiques.
La Cass Review (2024) a explicitement noté que les cliniciens du GIDS ne se sentaient pas en sécurité pour poser des questions critiques sur l'identité de genre des patients. C'était l'héritage direct d'un climat que l'affaire Zucker avait contribué à créer.
Les travaux ultérieurs de Zucker
Zucker a continué à publier après son licenciement. Il travaille à l'Université de Toronto et publie dans des revues à comité de lecture sur la dysphorie de genre. Ses recherches se retrouvent notamment dans sa contribution au débat sur la désistance — les études montrant que la majorité des enfants souffrant de dysphorie de genre ne sont plus transgenres à l'âge adulte, et s'identifient souvent comme homosexuels ou bisexuels.
Son cas illustre comment la liberté académique et l'autonomie clinique peuvent être atteintes par la pression politique — et combien de temps la réparation de ce préjudice peut prendre, à supposer qu'elle soit un jour complète.
Sources :
- The Atlantic (2018). How the fight over transgender kids got a leading sex researcher fired. theatlantic.com
- CBC News (2018). CAMH reaches settlement with fired gender doctor Kenneth Zucker. Octobre 2018. cbc.ca
- Zucker, K.J. (2019). Adolescents with gender dysphoria: reflections on some contemporary clinical and research issues. Archives of Sexual Behavior.
- SEGM (2022). The firing of Dr. Kenneth Zucker and its implications for gender medicine. segm.org
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