Edward Jansen · 7 mars 2026
Les troubles psychiques persistent après la transition
Une transition ne résout pas toujours les problèmes psychiques sous-jacents. De plus en plus de témoignages et de recherches scientifiques indiquent que les troubles liés au genre sont souvent associés à d'autres troubles psychiques qui nécessitent aussi une attention après l'intervention.

Vous doutez, vous avez des regrets, des séquelles ou vous êtes en détransition ?
Contactez-nous en toute confidentialitéLes personnes qui entament une transition médicale le font presque toujours dans un contexte de souffrance. La promesse est claire : les hormones, les opérations et un nouveau rôle social devraient alléger cette souffrance, voire la faire disparaître. La réalité est plus difficile. Chez une part importante des personnes qui transitionnent, les troubles psychiques persistent après l’intervention — ou réapparaissent sous une autre forme. Parfois des années plus tard, parfois au bout de six mois à peine, lorsque le prétendu état de grâce se dissipe.
Ce texte rassemble ce que l’on sait grâce aux études de cohorte, à la littérature clinique et aux témoignages de personnes ayant détransitionné. Il ne s’agit pas de rejeter la transition en tant que telle, mais de déconstruire le mythe selon lequel une intervention physique suffirait à traiter un problème psychique.
La promesse de la transition face à ce que montrent les cohortes
Le récit dominant autour de la transition médicale est celui d’une libération : être enfin soi-même, se sentir enfin chez soi dans son corps, vivre enfin au lieu de survivre. Les réseaux sociaux, les cliniques et les organisations militantes renforcent cette image. Quiconque ose examiner les résultats à long terme se heurte à une réalité bien plus dérangeante.
L’étude de Karolinska menée par Dhejne et al. (2011) et publiée dans PLOS ONE a suivi pendant onze ans en moyenne 324 personnes ayant subi une chirurgie de réassignation sexuelle en Suède entre 1973 et 2003. Résultat : ce groupe présentait une mortalité par suicide significativement plus élevée, davantage d’hospitalisations psychiatriques et une mortalité générale supérieure à celle de la population témoin. L’effet persistait même après correction des comorbidités. Dhejne a elle-même souligné par la suite que l’étude ne permettait pas de déterminer si la transition était bénéfique — mais qu’elle montrait bien que la transition, à elle seule, ne constituait pas une solution à la détresse psychique sous-jacente.
La cohorte d’Amsterdam de Wiepjes et ses collègues (dont les publications paraissent depuis 2018) suit la plus grande population européenne de personnes ayant reçu un traitement hormonal. Là encore, les taux de suicide restent élevés par rapport à ceux de la population générale pendant toute la durée du traitement. Les auteurs concluent eux-mêmes que le traitement hormonal ne fait pas disparaître le risque suicidaire.
L’étude de Bränström & Pachankis (2020) publiée dans l’American Journal of Psychiatry affirmait initialement que le fait d’avoir davantage d’années de recul après l’intervention était associé à un moindre recours aux soins psychiatriques. Après des critiques méthodologiques, les auteurs ont publié un corrigendum dans lequel ils reconnaissaient que la différence initiale disparaissait dès lors que la comparaison était effectuée avec un groupe témoin approprié. L’effet présenté dans le monde entier comme une preuve en faveur de la transition ne résistait pas à la réanalyse.
Le Cass Review et la fin des certitudes
En avril 2024 a été publié le rapport final du Cass Review, une enquête de quatre ans commandée par le NHS England et dirigée par la pédiatre Hilary Cass. Le rapport a établi que les fondements scientifiques de la transition médicale chez les mineurs étaient remarquablement faibles. Sur les 103 études internationales évaluées selon leur qualité, seules deux satisfaisaient au niveau de preuve le plus élevé.
Cass a conclu qu’il n’existait aucune preuve convaincante que les bloqueurs de puberté ou les hormones du sexe opposé entraînent une amélioration durable du bien-être psychique chez les jeunes. Elle a parallèlement alerté sur le rôle prépondérant des troubles comorbides — autisme, dépression, traumatismes, troubles alimentaires — qui restaient souvent non traités dans le parcours de transition. Le rapport a directement conduit à l’interdiction des bloqueurs de puberté en dehors de protocoles de recherche en Angleterre.
La dysphorie de genre survient rarement seule
Les dossiers cliniques montrent de manière constante que la dysphorie de genre survient rarement de façon isolée. Les troubles comorbides les plus fréquents sont les suivants :
- Trouble du spectre de l’autisme — plusieurs études relèvent des taux très supérieurs à la moyenne de la population, notamment chez les adolescents présentant une dysphorie d’apparition tardive.
- Dépression et troubles anxieux — presque systématiquement présents lors de la consultation dans les cliniques de genre.
- trouble de la personnalité borderline — surtout chez les jeunes femmes adultes qui consultent.
- TDAH — fortement surreprésenté dans les cohortes d’adolescents.
- Traumatismes de la petite enfance, violences sexuelles, négligence — présents chez une majorité des personnes dans les études rétrospectives.
- Troubles alimentaires — notamment chez les adolescentes qui transitionnent vers le masculin.
- Homophobie intériorisée — une part importante des personnes ayant détransitionné se révèle avoir été lesbienne ou homosexuelle.
Lorsqu’un patient arrive avec ce bagage et que le traitement se concentre sur le corps plutôt que sur la souffrance sous-jacente, un schéma prévisible se met en place. Pendant la transition, il y a de l’espoir, une structure, de l’attention et des hormones susceptibles d’atténuer les variations de l’humeur. Avec le temps, les anciens troubles réapparaissent — souvent avec l’amère constatation qu’il faut désormais aussi accepter un corps devenu en partie irréversible.
L’état de grâce et ce qui vient ensuite
Les personnes ayant détransitionné décrivent très souvent la même courbe : une euphorie durant les premiers mois à un an après l’intervention, suivie du retour progressif de la dépression ou de l’anxiété initiales, puis de la prise de conscience que la transition n’a pas apporté ce qui en était attendu. Les chercheurs de la SEGM (Society for Evidence-Based Gender Medicine) et de Genspect ont documenté ces schémas dans des dizaines d’études par entretiens.
Sarah (32 ans), qui a subi une mastectomie bilatérale à l’âge de 24 ans dans le cadre de sa transition vers le masculin, le décrit ainsi : « Après l’opération, je me suis sentie formidable pendant six mois. Enfin. Mais ensuite, les angoisses et la dépression sont revenues, comme avant. Je ne comprenais pas pourquoi. J’avais pourtant fait ce qu’il fallait, non ? »
Ce schéma — soulagement initial suivi d’une rechute — correspond à ce que la psychologie appelle l’adaptation hédonique : les grands changements corporels produisent un regain d’humeur temporaire, qui s’estompe une fois que la nouvelle situation est devenue la norme. Ce qui reste, c’est ce qui était présent en dessous.
Pourquoi le premier traitement est souvent le mauvais
Dans la pratique actuelle des soins, la dysphorie de genre est traitée comme le diagnostic principal dès la première consultation. Les troubles comorbides sont consignés, mais rarement traités en priorité. L’objection des critiques — notamment exposée dans les publications de la SEGM et dans les témoignages recueillis par l’équipe Cass — est qu’un parcours difficilement réversible est ainsi engagé, alors que la véritable cause de la souffrance reste sans traitement.
Un traumatisme qui se manifeste par une haine du corps ne disparaît pas parce que l’on transforme le corps. Un trouble alimentaire qui se traduit par un rejet des formes féminines ne disparaît pas parce qu’on les fait retirer chirurgicalement. Une fille autiste qui ne s’est jamais sentie à sa place dans la catégorie sociale « femme » ne devient pas soudainement socialement compétente grâce à la testostérone. Le diagnostic change ; la souffrance, non.
Ce que cet essai ne prétend pas
Ce texte ne prend pas position pour ou contre la transition en tant que telle. Certaines personnes fonctionnent de manière plus stable après une transition, et cette expérience mérite d’être reconnue. Il défend en revanche les points suivants :
- Les troubles psychiques comorbides doivent être soigneusement identifiés et traités avant toute démarche médicale irréversible.
- L’attente selon laquelle la transition résoudrait les troubles psychiques doit être explicitement examinée au cours du processus diagnostique.
- Les patients qui rencontrent malgré tout des difficultés après une transition doivent pouvoir accéder à des soins sans honte ni bagage idéologique — y compris lorsque cela implique une détransition.
- Les cliniques doivent faire preuve de transparence quant à la faiblesse des données disponibles et expliquer honnêtement ce que les hormones et la chirurgie peuvent ou ne peuvent pas apporter.
Sources et lectures complémentaires
- Dhejne, C. et al. (2011). Long-term follow-up of transsexual persons undergoing sex reassignment surgery: cohort study in Sweden. PLOS ONE.
- Bränström, R. & Pachankis, J.E. (2020). Reduction in Mental Health Treatment Utilization Among Transgender Individuals After Gender-Affirming Surgeries. American Journal of Psychiatry — corrigendum inclus.
- Wiepjes, C.M. et al. Amsterdam Cohort of Gender Dysphoria. Diverses publications depuis 2018.
- Cass, H. (2024). Independent review of gender identity services for children and young people: final report. NHS England.
- Zucker, K.J. (2019). Debate: Rapid-onset gender dysphoria. Journal of Child Psychology and Psychiatry.
- Society for Evidence-Based Gender Medicine (SEGM) — revues scientifiques et commentaires.
- Genspect — témoignages et ressources pour les parents concernant la détransition.
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