cliniques

11 mai 2026

Bailey et Zucker : la thérapie cognitivo-comportementale, piste prometteuse contre la dysphorie de genre (2026)

Dans Current Opinion in Psychology (mai 2026), J. Michael Bailey (Northwestern University) et Kenneth Zucker (University of Toronto) présentent la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) comme un premier traitement prometteur contre la dysphorie de genre. Objectif : réduire la dysphorie, pas faire de la transition le premier choix. La stratégie varie selon le sous-type (précoce, autogynéphile, à apparition rapide). Les auteurs rejettent explicitement l'assimilation de la TCC à une thérapie de conversion.

Bailey et Zucker : la thérapie cognitivo-comportementale, piste prometteuse contre la dysphorie de genre (2026)

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Dans le numéro de mai 2026 de Current Opinion in Psychology, J. Michael Bailey (Northwestern University) et Kenneth Zucker (University of Toronto) publient une analyse de fond sur la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) comme option de traitement de la dysphorie de genre. Les deux auteurs affichent un long parcours dans les soins de genre — Bailey en tant que sexologue, Zucker en tant que chef, pendant des décennies, d'une clinique pédiatrique de genre de premier plan à Toronto.

La thèse centrale

La TCC — une forme de thérapie fondée sur des preuves qui constitue la première ligne dans presque tous les autres domaines de la santé mentale — peut aussi avoir de la valeur pour la dysphorie de genre. Les auteurs insistent : non pas comme « conversion », non pas comme tentative de modifier l'identité de genre, mais comme tentative de réduire la dysphorie (la souffrance) via les mêmes mécanismes que ceux qui fonctionnent pour la dépression, l'anxiété et les troubles alimentaires : identification des schémas de pensée dysfonctionnels, expériences comportementales, exposition, restructuration cognitive.

Objectif : réduire la dysphorie, pas imposer la transition

Une différence importante avec le modèle affirmatif : la TCC cible la souffrance comme objectif thérapeutique principal. Si cette souffrance diminue sans intervention médicale, c'est un résultat thérapeutique réussi. Si la souffrance persiste malgré la TCC, la transition médicale peut constituer une étape suivante. Mais l'ordre des choses diffère fondamentalement du « oui, et de quoi as-tu besoin ? » affirmatif.

Trois sous-types, trois approches

Les auteurs distinguent — dans la ligne du travail clinique de Zucker mené sur plusieurs décennies — plusieurs sous-types de dysphorie de genre :

  • Précoce (early-onset) — une dysphorie apparue dès la petite enfance et qui a persisté. Pour ce sous-groupe — historiquement restreint — la transition médicale peut parfois s'avérer, au final, un résultat adapté, mais là aussi la TCC mérite d'être examinée en premier.
  • Autogynéphile — un schéma spécifique chez des hommes adultes, pour lequel s'appliquent des stratégies thérapeutiques différentes de celles des adolescentes.
  • À apparition rapide (rapid-onset, de type ROGD) — le groupe le plus important actuellement parmi les nouvelles orientations. C'est pour ce groupe que la recherche indique le plus fortement la valeur de la TCC, car une comorbidité sous-jacente (autisme, dépression, contagion sociale) joue un rôle important.

Traiter aussi les troubles comorbides

Un argument important : les mêmes séances de TCC traitent non seulement la dysphorie de genre, mais aussi la dépression et l'anxiété comorbides qui caractérisent la grande majorité des orientations. Lors d'une transition médicale, ces autres troubles ne disparaissent pas — un constat que l'étude finlandaise a documenté en détail.

Pas de la conversion, même si certains l'appellent ainsi

Les auteurs rejettent explicitement l'assimilation de la TCC à une thérapie de conversion. La différence réside dans :

  • L'objectif : la TCC vise à réduire la souffrance, pas à modifier l'orientation sexuelle ou le genre.
  • La méthode : la TCC est une thérapie fondée sur des preuves, non coercitive.
  • Le résultat : si le résultat est que le patient trouve la paix avec son sexe de naissance sans intervention médicale, ce n'est pas une « conversion » — c'est simplement un bon résultat thérapeutique.

L'encadrement juridique qui permet de lire toute tentative de thérapie exploratoire comme une thérapie de conversion — comme en France — fait donc obstacle à cette recherche, exactement le danger contre lequel Mason, Grignon et Cohn mettent en garde.


Sources :

  • Bailey, J. M. & Zucker, K. J. « Cognitive Behavioral Therapy for Gender Dysphoria in Youth: Opportunities, Challenges, and Future Directions. » Current Opinion in Psychology, mai 2026. DOI : 10.1016/j.copsyc.2026.102323
  • Observatoire de la Petite Sirène. Mis en avant le 11 mai 2026. observatoirepetitesirene.org