médical

1 juillet 2024

L'Endocrine Society et ses directives sur le genre : pourquoi les critiques réclament une révision

Les directives de l'Endocrine Society sur les soins de genre (2017, mise à jour en 2023) sont influentes dans le monde entier, mais controversées. La SEGM et d'autres critiques estiment qu'elles ne tiennent pas suffisamment compte de la faiblesse des bases scientifiques, du nouveau profil démographique des patients et du vécu des détransitionneurs.

L'Endocrine Society et ses directives sur le genre : pourquoi les critiques réclament une révision

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L'Endocrine Society est l'une des organisations médicales les plus influentes au monde dans le domaine des traitements hormonaux. Ses directives sont suivies par des endocrinologues aux États-Unis, en Europe et dans le monde entier. En 2017, elle a publié ses premières directives complètes pour le traitement hormonal des personnes transgenres ; une mise à jour a paru en 2023.

Ces directives sont à la base de la pratique clinique que contestent des dizaines de détransitionneurs.

Le contenu des directives

Les directives de l'Endocrine Society décrivent quand et comment les bloqueurs de puberté, les hormones croisées et d'autres traitements médicaux peuvent être appliqués chez les personnes transgenres — y compris les adolescents. Les principes fondamentaux :

  • Les bloqueurs de puberté peuvent être prescrits aux adolescents répondant aux critères diagnostiques, dès le début de la puberté (stade 2 de Tanner). Ils sont décrits comme « entièrement réversibles ».
  • Les hormones croisées peuvent être commencées dès l'âge de 16 ans (avec des variations locales).
  • La chirurgie est en principe réservée aux adultes, mais des exceptions sont possibles.
  • L'évaluation psychologique est recommandée mais n'est pas traitée comme un passage obligatoire.

La critique de la SEGM

La Society for Evidence-based Gender Medicine (SEGM) — une organisation internationale de médecins et de chercheurs plaidant pour une politique fondée sur des preuves plus prudente — a largement critiqué les directives de l'Endocrine Society. Les points essentiels de cette critique :

L'affirmation de réversibilité. Les directives décrivent les bloqueurs de puberté comme « entièrement réversibles ». Cela a été contesté par plusieurs analyses indépendantes. L'étude de Baxendale (2024) a conclu que « des questions cruciales restent sans réponse quant à la nature, l'ampleur et la permanence d'une éventuelle interruption du développement ». Le Cass Review (2024) a jugé faibles les preuves de réversibilité.

La base de preuves. Les directives reposent sur des études majoritairement petites, avec un suivi court, qui ont étudié une population de patients différente de celle d'aujourd'hui. Le changement démographique — d'hommes adultes majoritairement à des adolescentes majoritairement — ne se reflète pas dans les études sous-jacentes qui étayent les directives.

Manque de diagnostic différentiel. Les directives offrent peu d'orientation pour distinguer la dysphorie de genre des comorbidités telles que l'autisme, le SSPT, les troubles anxieux et les troubles alimentaires — tous surreprésentés dans la population actuelle des soins de genre. Le lien entre autisme et dysphorie de genre n'est pas traité de manière adéquate dans les directives.

La mise à jour de 2023 et la réaction

En 2023, l'Endocrine Society a publié une mise à jour de ses directives. Cette mise à jour a maintenu les principes fondamentaux de la version de 2017 et a élargi les recommandations pour les personnes non binaires.

Cette mise à jour est intervenue à un moment où le climat scientifique international évoluait. La Suède, la Finlande, le Danemark et le Royaume-Uni avaient déjà durci leur politique. L'Endocrine Society a néanmoins opté pour la continuité.

Un groupe de plus de 1 700 médecins et chercheurs a signé une lettre ouverte adressée à l'Endocrine Society, demandant une révision des directives sur la base des preuves les plus récentes — y compris le Cass Review. La Society n'a jusqu'à présent pas donné suite à cette demande.

Pourquoi ces directives sont si influentes

Si les directives de l'Endocrine Society occupent une place aussi centrale, c'est parce qu'elles servent de point de référence dans les procès, dans les décisions d'autorisation prises par les États, et comme moyen de défense pour les cliniques poursuivies en justice.

Dans l'affaire Fox Varian — le premier détransitionneur à avoir remporté un verdict de jury — la défense a tenté de faire valoir que les soignants avaient suivi les directives en vigueur. Le jury a rejeté cet argument. Ce fut un précédent : il a confirmé que le respect des directives n'offre pas une protection absolue lorsque la norme de soins était insuffisante.

Le débat plus large

Le débat sur les directives de l'Endocrine Society illustre une tension plus large dans le débat sur les soins de genre : le fossé entre la pratique clinique fondée sur des directives élaborées par des organisations ayant une orientation spécifique, et le corpus croissant de preuves qui plaide pour la prudence.

Les directives WPATH SOC8 (2022) — celles de la World Professional Association for Transgender Health — ont été publiées en même temps que des documents internes révélant des doutes sur la base de preuves, comme l'a révélé la fuite des WPATH Files (2024).

L'Endocrine Society et la WPATH ne sont pas seules dans leur position — mais elles se retrouvent de plus en plus face à un consensus scientifique croissant selon lequel la prudence s'impose pour les mineurs.


Sources :

  • Endocrine Society (2017). Endocrine Treatment of Gender-Dysphoric/Gender-Incongruent Persons: An Endocrine Society Clinical Practice Guideline. Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism.
  • Endocrine Society (2023). Update to gender-affirming hormone therapy guidelines. Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism.
  • Society for Evidence-based Gender Medicine (2023). Response to Endocrine Society guidelines update. segm.org
  • Cass Review (2024). Independent review of gender identity services for children and young people: final report. NHS England.
  • Baxendale (2024). The impact of suppressing puberty on neuropsychological function. Acta Paediatrica.