15 avril 2024
Troubles alimentaires et dysphorie de genre : un lien insuffisamment reconnu
Les troubles alimentaires (anorexie, boulimie) et la dysphorie de genre partagent un thème central : le rejet du corps féminin. Des recherches menées auprès des populations des cliniques de genre montrent une surreprésentation des troubles alimentaires. Des cliniciens décrivent des cas où des troubles alimentaires passent inaperçus et où des jeunes se retrouvent engagés sur la voie de la transition de genre.

Vous doutez, vous avez des regrets, des séquelles ou vous êtes en détransition ?
Contactez-nous en toute confidentialitéLa dysphorie de genre et les troubles alimentaires partagent un thème commun : une relation négative avec son propre corps, en particulier avec les caractéristiques physiques de la féminité. Ce n'est pas un hasard si les deux troubles touchent principalement des adolescentes, et s'il existe un chevauchement significatif dans leur prévalence.
Le thème partagé
L'anorexie mentale, la boulimie et d'autres troubles alimentaires visent, dans une part significative des cas, à contrôler ou à éviter le développement corporel féminin. Seins, hanches, menstruations — les signes physiques de la puberté féminine sont souvent vécus par les filles souffrant de troubles alimentaires comme indésirables et angoissants.
La dysphorie de genre chez les adolescentes présente la même orientation : le sentiment que le développement corporel féminin ne correspond pas, que les seins et les hanches ne font pas partie de sa propre identité, que les menstruations sont mal vécues.
Le chevauchement des symptômes est tel que certains cliniciens parlent d'une zone grise diagnostique : quand le rejet des caractéristiques corporelles féminines est-il l'expression d'un trouble alimentaire, et quand s'agit-il de dysphorie de genre ?
Ce que dit la recherche
Les études menées auprès des patients des cliniques de soins de genre montrent systématiquement une surreprésentation des troubles alimentaires et des problématiques qui y sont liées :
- Une étude menée au Tavistock GIDS (2020) a révélé qu'une part significative des patients répondait également aux critères d'un trouble alimentaire ou d'un comportement alimentaire fortement perturbé
- Une étude canadienne (2022) a montré que les adolescents en dysphorie de genre avaient trois à quatre fois plus souvent un trouble alimentaire que leurs pairs
- Le Cass Review (2024) a confirmé que les troubles alimentaires figuraient parmi les comorbidités les plus fréquentes dans la population de Tavistock, et qu'ils étaient systématiquement sous-traités
La voie du mauvais diagnostic
Le problème n'est pas seulement que les troubles alimentaires coexistent avec la dysphorie de genre — c'est que, parfois, ils constituent le problème primaire, la dysphorie de genre n'étant qu'une manifestation secondaire. Une fille qui rejette son corps à cause d'un trouble alimentaire peut se mettre à exprimer cela en termes de genre — non pas parce qu'elle est transgenre, mais parce que ce langage est devenu disponible et compréhensible via les réseaux sociaux et son entourage.
Dans un système affirmatif, cette présentation de genre est immédiatement confirmée. Le trouble alimentaire — le trouble sous-jacent — n'est ni reconnu ni traité. La fille est engagée sur la voie de la transition de genre, alors que le traitement réellement nécessaire (une thérapie axée sur le trouble alimentaire) aurait été approprié.
Certains détransitionneurs décrivent a posteriori exactement ce schéma : leur mal-être vis-à-vis de leur corps était un symptôme de leur trouble alimentaire ou d'un traumatisme lié à la puberté féminine. Le traitement de genre n'a pas résolu le problème — et a laissé des changements physiques permanents.
Le rejet de la poitrine
Un point d'attention clinique spécifique est la question de savoir quand un souhait de mastectomie (ablation des seins) découle d'une dysphorie de genre et quand il découle d'une dysmorphie corporelle liée à un trouble alimentaire.
Les filles atteintes d'anorexie ne veulent parfois pas de seins — ils sont un signe de féminité que leur trouble alimentaire rejette. Si cette fille se retrouve dans une clinique de genre et dit « je ne veux pas de seins », cela peut être interprété comme une dysphorie de genre — alors qu'il s'agit en réalité d'une manifestation du trouble alimentaire.
Les cliniciens qui appliquent le modèle exploratoire examineront cette question. Les cliniciens qui appliquent le modèle affirmatif orientent directement vers un traitement.
Implications pour le traitement
Si un trouble alimentaire n'est pas reconnu et qu'un patient se retrouve engagé sur la voie de la transition de genre, les conséquences peuvent être graves :
- Le trouble alimentaire n'est pas traité — et peut s'aggraver
- Le traitement hormonal peut aggraver les troubles alimentaires (la testostérone influence le métabolisme et la perception du corps)
- La mastectomie retire les seins mais ne résout pas la problématique sous-jacente
- Après la détransition, les conséquences du traitement restent permanentes, alors que la problématique à traiter aurait dû être prise en charge ailleurs
Le traitement approprié d'un trouble alimentaire est une prise en charge spécialisée des troubles alimentaires — pas un traitement de genre. Si la composante liée au trouble alimentaire n'est pas reconnue, le traitement de genre peut aggraver l'état du patient à long terme.
Sources :
- Cass Review (2024). Independent review of gender identity services for children and young people: final report. April 2024.
- Zucker et al. (2019). Adolescents with gender dysphoria: reflections on some contemporary clinical and research issues. Archives of Sexual Behavior.
- Hutchinson et al. (2020). Eating psychopathology in transgender youth. International Journal of Eating Disorders.
- Duffy et al. (2019). Gender identity disorder and eating disorders — disordered eating in gender dysphoric youth. International Journal of Eating Disorders.
- SEGM (2023). Eating disorders in gender clinic populations. segm.org
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